Nuit Off

L'absence

Jp
Un soir, un  resto rue des Vignoles un jour de pluie. Réunion d’émissions musicales de radio libertaire on prépare ensemble l’émission sur la liberté d’expression.  Et puis au lieu de se casser les pieds à la préparer on sort le micro et on la fait comme ça comme une discutions autour d’un verre de vin… Il y a de ces moments que l’on garde sans montage . Avec un coup dans le nez a cause du Sidi Brahim et des foutues idées pour ne pas oublier comme dirait Léo.

Ce passage  de 18 minutes environ a été rediffusée tel que dans l’émission hommage de ce triste soir de 2003 ou jacques est partit. .

Mardi 18 novembre. Le ciel était lourd et bas sur Pantin ce matin-là. Enveloppé de blancheur cotonneuse, drapé dans un drôle de linceul gris cendres. Portait-il le deuil, lui aussi ? Une pluie fine battait le pavé, rideau triste aux persiennes d'un jour sans éclaircie. Nous étions tous là, ses amis, ses camarades, ses frères de pensée, grande famille réunie autour du départ de l'un des siens. Les yeux dans le vague, le sourire figé, comme glacés d'un mauvais rêve qu'on voudrait dissiper. Longues allées tapissées de feuilles mortes, automne malade aux relents d'hiver prématuré. Les oiseaux du silence et la douleur du souvenir… Jacques était notre technicien, il était bien plus que cela. Compagnon des premières heures de Radio Libertaire, il était de tous les engagements, militant des causes qui nous touchent. Dès qu'un problème intervenait sur les ondes, il était là pour le résoudre. Disponible, attentif, bienveillant. Il traquait les "blancs" à l'antenne avec une patience et un soin méticuleux. Je l'ai malheureusement connu sur le tard et trop peu côtoyé.
Jp C'était en arrivant à la radio, il y a deux ans. Je ne connaissais presque personne, il m'a immédiatement mise en confiance, épaulée dans mon projet d'émission, adoptée comme une petite sœur. J'étais toujours étonnée de ses encouragements, d'apprendre qu'il nous était un auditeur fidèle, qu'il s'intéressait à moi, la jeune débutante. Comme beaucoup, je garde de lui l'image de son regard bleu, si calme. De sa grande silhouette effilée, toujours prête à se pencher pour être à hauteur de son interlocuteur. Et de ses doigts qui s'agitent autour d'un paquet de "bidies", les cigarettes indiennes qu'il fumait, et qui m'avaient beaucoup intriguée à notre première rencontre. Jacques avait la générosité à fleur de peau, le poing dressé contre la bêtise et l'injustice, mais la main caressante et grande ouverte pour ceux qu'il aimait. Esprit brillant, cultivé, il considérait la culture comme une richesse, et s'en nourrissait abondamment, mais sans jamais en faire étalage. J'admirais son savoir et son intelligence, cette clarté précise avec laquelle il exprimait ses idées. Je le croisais quelquefois à Publico, le mardi soir, lors des permanences du secrétariat. Nous parlions de cinéma. Il me demandait toujours quels étaient les films à voir et m'écoutait avec son éternelle curiosité en éveil. Un jour, lui ayant fait part d'un problème de son sur une interview que j'avais réalisée, il m'avait invitée chez lui et avait pris le temps de retravailler l'enregistrement sur son ordinateur pour qu'il soit diffusable à la radio. Ce soir-là, j'ai passé quelques heures avec lui, à partager une bouteille de blanc, et à écouter les musiques alternatives qu'il affectionnait. J'étais impressionnée par son exigence et par la passion qu'il mettait à dénicher ces disques dont j'ignorais jusqu'à l'existence. Il avait très envie de les faire connaître, ce à quoi il s'employait d'ailleurs chaque jeudi à travers l'émission "Epsilonia". Mais Jacques était surtout un solitaire, quelqu'un qui s'épanchait peu sur sa vie personnelle, qui dissimulait sa pudeur, peut-être aussi ses blessures, derrière un sourire discret. Je n'ai pas su qu'il était malade. Mon dernier mail était resté sans réponse. J'ai appris sa mort avec stupéfaction et aujourd'hui encore, je n'arrive pas à croire qu'on ne le reverra plus. La vie est ingrate, les roses noires nous plantent leurs épines en plein cœur. Au revoir, Jacques. J'espère que la mort n'est qu'un rêve… Laurence Berger - "Chants / Contrechamps"

Jacques déborde d'une gentillesse délicate portée par cette voix chaude, et surtout ce regard doux et bienveillant. Jacques, c'est l'homme tranquille et pourtant si passionné dont la curiosité sensuelle reste sans borne. Ce qu'il découvre au détour de lectures, de rencontres, d'expériences, il en partage l'émotion avec des propos choisis et enthousiastes. Mais avant la parole Jacques écoute, d'une écoute attentive, profonde et chaleureuse, toujours animée par ce regard clair qui parfois disparaît derrière ces volutes de bidies qu'il fume sans compter. Jacques aime intensément les gens, sans encombre il s'amuse de la bêtise ambiante mais se révolte des injustices, des grandes comme des petites. Jacques c'est l'ami, c'est même le grand frère de beaucoup, un grand frère dont on est fier, qu'on à plaisir à solliciter et parfois à chahuter. Chez lui l'accueil se doit d'être attentionné et chaleureux. Derrière son côté bohème, Jacques sait se montrer méticuleux et précis passant ainsi des heures à se jouer de la technique pour sortir quelques minutes de musique ou de sons, pour remettre en état un appareil maltraité, pour bricoler un système informatique. Cette précision il l'applique tout aussi bien pour détailler l'arôme d'un vin, le parfum d'une épice, la fréquence d'un son, le cadrage d'une image. Car, s'il sait la vie parfois sévère et rarement généreuse, il l'aime profondément et s'enthousiasme pour ce qu'elle peut livrer de plaisirs. Jacques parle rarement de lui, sauf quelques fois pour évoquer un voyage, une rencontre, une émotion. Il faut souvent attendre le soir, ou plutôt le petit matin pour que parfois d'un air grave, tandis que son regard clair s'attriste, il dévoile une petite parcelle de lui. On peut mesurer alors, la douleur d'un souvenir, l'incertitude d'un choix. Jacques n'aime pas les superlatifs, son humilité l'en défend, mais je sais aujourd'hui qu'il va nous falloir beaucoup de volonté, de courage, d'imagination, d'humanité pour se montrer à la hauteur de ce qu'il représente pour nous tous.
Thierry de LAVAU, 18 novembre 2003.

Je voudrais juste témoigner de mon émotion d'apprendre la mort de Jacques. Alors que je lui faisais remarquer, un jeudi de passage de témoin de Microclimat à Epsilonia, que ses boîtes de petits cigares étaient parfaites comme boîtes à disquettes, Jacques me promit de me les garder. Régulièrement, il arrivait, en s'excusant de ne pas le faire plus souvent, avec une monstrueuse pile de boîtes, qu'il avait précieusement conservées, pour mes disquettes. De manière tout aussi minutée qu'il s'excusait, je lui répondais : "je suis ravie de toutes ces boîtes, mais je le suis moins de savoir que tu fumes tout ça". Il me regardait en souriant, il semblait que le jeu était rôdé, mais moi j'aurais, réellement, voulu qu'il arrête... Que me reste-t-il de Jacques ? Ses incroyables passions et temps passés à écouter des musiques, totalement inécoutables pour qui que ce soit plus de 5 secondes, mais qu'il arrivait à vous faire entendre, parfois même écouter avec un peu d'attention. L'indicatif de Microclimat, que nous avions mixé pendant une nuit complète chez lui, il y a des lustres, et dont le bruit de chasse avait été soigneusement enregistré dans des toilettes à la turque d'un boui boui par lui seul connu, mais de sonorité parfaite, pour le but recherché... Et ces saletés de boîtes...

Perline

Jacques1

Pour tous les annimateurs, technitiens, technitiennes de Radio libertaire Jacques Restera La référence: celui qui leur aura appris à pousser les potars, à équilibrer les voix et les voies, à passer un appel téléphonique d'un auditeur à l'antenne, à enregistrer une émission, à utiliser tel ou tel appareil , à éviter l'affreux Larsen, et il avait encore tant à nous apprendre pour que notre radio s'améliore... Depuis prés de 10 ans avec Philippe et Jacques, nous nous rencontrions quasiment chaque semaine pour faire vivre et fonctionner notre radio, votre radio.Nous avions appris à nous connaitre et à retravailler ensemble. Nos compétences respectives se complétaient et notre trio fonctionnait bien. Aprés d'autres Julien et Yves qui nous ont quittés il y a quelques mois seulement, nous avons construit, ensemble et avec les équipes des émissions, un projet ouvert et ambitieux pour Radio Libertaire: une place est vide et ce vide est énorme.

Elisabeth Claude 18 novembre 2003

JpQu'est-ce qui nous manquera? La fumée des bidies au bout de ses longs doigts, la barbe soyeuse qui ne parvenait pas à cacher ce sourire désarmant. -Qu'est-ce qui nous manquera? L'éclat d'un oeil aussi curieux et profond que ne l'était son oreille, la silhouette frêle, mouvante, noire et si présente... -Qu'est-ce qui nous manquera? Ses gestes, sa voix, sa pensée Jacques, musicalement engagé, politiquement sans concession Comme Charlie Haden, tu cherchais le son qui peut changer le monde. Et quand ce son résonne, tu n'est jamais très loin mais qu'est-ce que tu nous manqueras!
Jean François PAUX

A tous et à toutes, Une triste nouvelle qui mérite vous le comprendrez plus qu'un petit message sur Internet. Jacques PERDEREAU, annimateur de l émission épsilonia sur radio libertaire que tous vous connaissez, n'a pas survécu à une opération chirurgicale. Il est est décédé ce vendredi dernier à l'hopital. Il convient de voir comment nous tous, qui le connaissions, qui l'appréçions et l'aimions, pourrons nous montrer à la hauteur de cette nouvelle tragique. Les obsèques de notre ami Jacques PERDEREAU ont eut lieu mardi 18 novembre au Cimetiere Parisien de Pantin. En présence de plus de 200 personnes.

Lien permanent | Commentaires (0)

On Air


Ecouter la radio

l'agenda des émissions


  • Le programme des émissions

    Ecouter la radio en différé ( back up hebdo )

Catégories

  • Jacques PERDEREAU_
  • la nuit des mots
  • musique & politique
  • Timothy Leary
  • topologies sonores
  • émission

liens

  • Flyer de l'émission (403.5K) 150dpi 2010
  • My Space de l'émission.
  • Radio libertaire
    Le site de la radio
  • Malaxi net
    l'autre blog de voyage de Laurent Nicolas

Les notes récentes

  • Le concept de Nuit Off
  • En 2010 " t'as 20 ans t'écoutes quoi ? "
  • 130210
  • 9 janvier 2010 / Emission
  • 0210 / Nuit off suite
  • Songs for the earth
  • 051209
  • - - - - 07
  • Paysages sonores .¶ Play list
  • 10/10/09= Nights in black Satin

À propos de l'auteur

Les commentaires récents

  • katy sur Paysages sonores .¶ Play list
  • tedee sur Paysages sonores .¶ Play list
  • samantha sd sur Paysages sonores .¶ Play list
  • greg sur Paysages sonores .¶ Play list
  • valerie pour nuits off sur Paysages sonores .¶ Play list
  • val pour nuits off sur Samedi 15 novembre 21h
  • Kefnos sur Samedi 15 novembre 21h
  • laurent nicolas sur Samedi 25 avril 2009, journée d'action pour la liberté des oreilles...
  • mila sur Samedi 25 avril 2009, journée d'action pour la liberté des oreilles...
  • valerie rial sur Samedi 25 avril 2009, journée d'action pour la liberté des oreilles...